Juil 17 2014

Source : lefigaro.fr par Sophie Ronfaut

Keyspeakers At New Economy Summit 2014

Ben Silbermann, cofondateur de Pinterest: «Le service suit les grandes étapes de la vie. Pinterest aide à définir ce que le futur pourrait être.» Crédits photo : Tomohiro Ohsumi/Bloomberg

Le troisième réseau social américain a séduit 60 millions d’utilisateurs à travers le monde.  Il a installé un bureau en France il y a tout juste un an pour attirer des marques françaises

Il ne faut pas se fier aux montgolfières en papier qui ornent le plafond des bureaux: chez Pinterest, on garde les pieds sur terre. Malgré ses 60 millions d’utilisateurs et son statut de troisième réseau social américain, l’entreprise surprend par sa modestie. Dans ses locaux de San Francisco, les briques de Lego côtoient les ordinateurs derrière lesquels se cache une armée d’informaticiens. Certains employés préfèrent flâner dans l’espace central, occupé par de grandes tables de cantine. Ils ont même la possibilité de s’adonner aux loisirs créatifs. Par ses bureaux comme son histoire, Pinterest a tout d’une paisible colonie de vacances.

Un produit global et des contenus locaux

La start-up californienne n’est pourtant pas du genre à se la couler douce. Lancé en 2010 par Evan Sharp et Ben Silbermann, Pinterest est un réseau social fondé sur le partage d’images. Le site permet à ses membres de créer des collections de clichés qu’ils «épinglent» sur leur page personnelle. Très apprécié aux États-Unis, il cherche maintenant à se faire connaître hors de ses frontières: l’international représente seulement 30 % de son audience. Pour séduire les internautes non anglophones, Pinterest a déjà traduit sa plate-forme en une trentaine de langues. En 2013, l’entreprise a ouvert trois bureaux à l’étranger: en Angleterre, au Japon et en France. Ces équipes pilotent des versions locales de Pinterest, qui vont au-delà du simple effort de traduction.

«Nous voulons mettre en avant les contenus selon l’origine des utilisateurs», explique Matt Crystal, responsable du développement à l’international. Un utilisateur inscrit en France se voit proposer en priorité des contenus «épinglés» par d’autres membres français. «Notre philosophie, c’est d’avoir un produit global avec des contenus locaux», résume Matt Crystal. «Cela permet à un Français de pouvoir aller sur Pinterest sans se retrouver submergé par des images du Super Bowl!»

Pinterest fête en juin la première année de sa version française. La plate-forme revendique une progression en un an de 180 % du nombre de ses utilisateurs actifs par mois dans le pays. D’après l’institut Médiamétrie, près d’un million de Français fréquentent Pinterest tous les mois, vingt fois moins que Facebook.

Bouche-à-oreille

Lorsque l’on compare son entreprise à Facebook ou Twitter, Ben Silbermann se contente de sourire. «Nous ne sommes pas là pour les remplacer», prévient-il. On ne peut pourtant s’empêcher de comparer le PDG de Pinterest à Mark Zuckerberg: ils ont en commun leur âge, leur amour du Web et une certaine timidité. Alors que le créateur de Facebook est devenu malgré lui une star des médias, Ben Silbermann préfère rester en retrait. «Je sais que les journalistes aiment les belles histoires et les grands héros, mais pour fonder une société, tu as besoin d’une équipe», affirme-t-il. Là où Mark Zuckerberg défend son entreprise en affirmant que son site reste la coqueluche des adolescents, Ben Silbermann préfère expliquer que sa mère adore Pinterest.

Pinterest est resté proche de ses utilisateurs de la première heure, une solide communauté de blogueurs qui l’ont fait connaître grâce au bouche-à-oreille. «Nous sommes vraiment à l’écoute de nos membres», confirme Joanne Bradford, responsable des partenariats chez Pinterest. Lorsque l’entreprise a décidé d’introduire de la publicité sur son site, c’est après avoir longuement discuté avec sa communauté. Les résultats de ces échanges sont les «épingles sponsorisées»: elles permettent à des marques de publier du contenu publicitaire sur le site sous forme d’épingles, qui apparaissent ensuite dans les premiers résultats d’une recherche et de la catégorie de leur choix. «Nous ne voulions pas déranger l’expérience de nos utilisateurs», se souvient Joanne Bradford.

La méfiance de Pinterest vis-à-vis de la publicité détonne au milieu des start-up obsédées par la monétisation de leur service. Les investisseurs, pour l’instant, suivent. En mai, Pinterest a levé 200 millions de dollars (147 millions d’euros), pour une valorisation de près de 5 milliards de dollars, ce qui en fait l’une des entreprises les plus prometteuses de la Silicon Valley. Les start-up qui peuvent dépasser le milliard, comme Uber, Dropbox ou Airbnb, sont rares. «Dès sa création, on a voulu faire de Pinterest un business», enchaîne Ben Silbermann.

Avec ce nouveau capital, Pinterest met désormais cap sur le mobile. Les tablettes et les smartphones apportent désormais 75 % de son trafic. Conscient de ce nouvel usage, l’entreprise de Ben Silbermann a lancé en février une nouvelle version de son site mobile. Par ailleurs, la plupart de ses nouveaux services, comme la recherche guidée («guided search») qu’il a présentée en avril, bénéficient d’un lancement en priorité sur le mobile. Pour Pinterest, l’avenir a la forme d’un petit écran.

Related news


About Author